En étudiant la façon dont les responsables d’unité de contrôle (Ruc) de l’inspection du travail cherchent à entretenir leur légitimité vis-à-vis de leurs subordonné·es, cet article interroge le rôle ambivalent des cadres intermédiaires dans l’opérationnalisation de la nouvelle gestion publique. Dix ans après l’instauration de leurs fonctions, les Ruc se saisissent largement des dispositifs d’évaluation de l’activité ; quant aux agents de contrôle qu’ils encadrent, tout en conservant une forte autonomie professionnelle, ils ont pour beaucoup intériorisé l’idée d’un bien-fondé de la quantification du travail. Pour autant, dans un contexte d’austérité budgétaire, la légitimité d’encadrement des Ruc se construit ailleurs, dans l’appui quotidien aux agents et dans la gestion de la pénurie. Les contraintes temporelles qui en résultent viennent mettre en évidence la cohabitation conflictuelle de deux critères de valeur professionnelle, que de nombreux Ruc résolvent au prix d’une intensification de leur travail.