À partir d’une analyse de 107 accords d’entreprise signés entre 2017 et 2024, cet article montre comment l’institutionnalisation du télétravail transforme l’organisation du travail en France. Trois résultats émergent. Premièrement, l’analyse empirique révèle une différenciation croissante des pratiques avec trois modèles distincts – restrictif, d’intégration et transformatif – caractérisés par des écarts significatifs dans le support matériel accordé et les critères d’exclusion. Deuxièmement, la crise sanitaire marque une rupture dans la redéfinition des objectifs du télétravail, avec une augmentation des enjeux de santé et de continuité d’exploitation. Troisièmement, l’institutionnalisation du télétravail crée une nouvelle catégorie de « non-télétravailleurs » à travers des critères d’exclusion multiples, dont certains, comme l’ancienneté, le temps partiel ou le statut du contrat, révèlent des mécanismes de sélection arbitraires.