L’enchainement des réformes du marché du travail depuis une vingtaine d’années a de quoi donner le tournis. Depuis le déclenchement de la crise de 2008, les réformes du marché du travail se sont en effet accélérées en Europe, encouragées par les nouvelles procédures de gouvernance économique. Le droit du travail a ainsi subi de nombreuses modifications dans l’ensemble des pays européens. Sont en particulier visées les restrictions de prestations sociales, les réformes du marché du travail, la flexibilisation des contrats, les politiques salariales et la négociation collective.
Un article paru dans la Chronique internationale de l’IRES (Schöman, 2015) mettait bien en lumière l’ampleur des réformes mises en oeuvre, suivi en 2017 par un numéro spécial entièrement consacré au sujet et intitulé « Des réformes du marché du travail, pour quelles performances ».
Une décennie plus tard, l’emballement d’un processus qui semble sans fin nous semble particulièrement intéressant à étudier en consacrant une recherche aux inflexions profondes du droit du travail en France qui entendent bousculer les régulations du travail et de l’emploi en modifiant le fonctionnement du marché du travail.
Cette étude se propose ainsi de faire un état des lieux des réformes mises en oeuvre en France au cours de cette même période. Souvent caricaturée par la pensée libérale comme rigide, segmenté et décourageant la création d’emplois, la législation encadrant le marché du travail représente un chantier permanent, tant le droit du travail est systématiquement pointé comme étant l’une des – si ce n’est LA – causses principales des problèmes économiques rencontrées par les entreprises dans notre pays et particulièrement du chômage de masse persistant. La France serait désespérément irréformable… alors qu’on ne parvient plus à tenir le décompte exact des réformes visant à flexibiliser le marché du travail.